Les rôles du père auprès des enfants et en particulier des garçons

S.O.S. Garçons !

Seulement 3% d'éducateurs masculins auprès de la petite enfance !


L'importance du père
dans le développement d'un enfant
et en particulier chez les garçons



Conférence présentée par

ANDRÉ FAIVRE, éducateur et andragogue ©2004-2010

devant un groupe de pères réunis par « RE-PÈRE »
à Plessisville, samedi le 12 juin 2004


NE PA REPRODUIRE SANS MON AUTORISATION


Mon point de vue

Même si éduquer est mon métier premier et fut mon premier métier pendant 15 ans, surtout comme éducateur et, dans une moindre mesure, comme enseignant, ce n'est pas un métier que j'ai appris dans les livres ni sur les bancs d'école : je ne vous parlerai donc pas cet après-midi de ce sujet à partir des livres ou de ce que j'ai appris à l'université.

Je vais vous entretenir de ce que j'ai appris par l'expérience: à partir de 2 sortes d'expérience, une expérience personnelle et une expérience professionnelle.

J'ai dit 2 sortes d'expérience mais chez moi il y a peu de distance, au contraire de bien des professionnels et de l'attitude classique habituelle qu'on nomme « attitude professionnelle », entre le personnel et le professionnel quand il s'agit de l'éducation des enfants. Principalement à cause de l'engagement personnel intense avec lequel j'ai réalisé mes activités professionnelles auprès des enfants et surtout auprès des garçons.

En fait, si ma compétence est d'ordre professionnel, mes attitudes n'ont pas toujours bien cohabité avec celles de ceux qu'on nomme « les professionnels » de l'éducation. Je peux même dire que, depuis au moins une dizaine d'années, je me suis trouvé assez souvent en train de ramer à contre courant de bien des « professionnels ».

Je vais aussi aborder ce sujet à partir d'un angle particulier. Je vous parlerai de l'importance vitale du père et des papas dans le développement des enfants... à partir de leur absence.

Et c'est là, dans cette absence du père, que se rejoignent en moi l'expérience personnelle et l'expérience professionnelle : l'absence de mon père dans mon enfance et dans ma jeunesse et l'absence de père dans la vie de plusieurs dizaines de garçons dont je me suis occupé et que j'ai aimés comme éducateur.

Mais avant de me lancer, je dois encore préciser 4 choses.

  • Les limites de cet exposé personnel


  • Cet exposé que je vous livre aujourd'hui est un exposé personnel. Non seulement à cause du contenu que je viens de vous annoncer mais parce que, vous le comprendrez bien, un tel exposé ne peut être encadré par un organisme officiel.

    Je suis formateur au CQRPE (Centre québécois de ressources à la petite enfance) depuis environ 8 ans et c'est à travers mes activités professionnelles au CQRPE que j'ai reçu cette invitation à vous rencontrer. M. Quirion cherchait un conférencier et nous avons fait connaissance lors de la journée nationale du CQRPE, La Foire aux outils, en mars dernier. C'est à ce moment-là que nous avons convenu de ma présence ici aujourd'hui.

    Ce dont je vais témoigner, les opinions que je vais émettre, les expériences que je vais raconter, les constats que je vais faire m'appartiennent en propre et n'engagent nullement le CQRPE.

    Depuis 2 ans, j'ai commencé à partager autour de moi et au CQRPE en particulier, ma grande préoccupation au sujet de la situation des garçons au Québec, situation qui dure depuis des années et dont les causes remontent jusqu'à une trentaine d'années, et en particulier de l'absence quasi totale des hommes auprès de la petite enfance dans les CPE (centres de la petite enfance) et dans les autres services de garde au Québec. C'est à cause de cette préoccupation qui m'habite que le CQRPE m'a présenté à Re-pères comme conférencier possible.

    Ma présence ici est donc ma première présentation publique sur ce sujet de l'importance vitale des hommes et des pères dans l'éducation des enfants et au sujet du problème de leur absence trop fréquente. Mardi prochain, ce sera ma seconde activité : j'irai rencontrer les membres d'un regroupement national d'organismes familiaux ou qui agissent auprès des familles.

  • Mon expérience d'éducateur


  • Quand je parle d'éducateur devant vous, je ne parle pas seulement de l' « éducateur » qui travaille dans des centres d'accueil ou dans des foyers de groupe. Je l'utilise dans son large : celui qui éduque les enfants.

    En vous parlant de mon expérience d'éducateur, j'inclus donc celle en institution (qui n'a pas duré très longtemps parce que je suis allergique au modèle institutionnel autant qu'il semble que les institutions soient inconfortables avec le genre d'éducateur que j'ai appris à être) mais aussi celles que j'ai acquises dans les écoles comme enseignant contractuel et suppléant auprès des élèves qui ont des troubles du comportement et/ou de l'apprentissage, comme responsable de foyer de groupe, comme famille d'accueil spécifique d'un garçon (de ses 10 à 18 ans), en camp de vacances pendant 14 ans, en loisirs et enfin auprès des jeunes dans la rue pendant 4 ans.

    Vous avez sans doute remarqué que cette liste ne contient pas le mot « père » ou « papa ». En effet, c'est la seule expérience que je n'ai pas vécue, celle d'aimer et d'élever mes propres enfants. J'ai ai été le père substitut d'un garçon pendant 8 ans et de beaucoup d'autres garçons pendant des années mais ces garçons n'étaient pas le fruit de mes gênes ni d'un amour conjugal.

  • Une expérience centrée sur les garçons


  • Cet après-midi, vous allez m'entendre vous parler presque seulement des garçons. C'est principalement parce mon expérience d'éducateur a été vécue et acquise à 98 % auprès des garçons.

    Mon expérience auprès des filles n'est pas suffisante pour que je vous parle du papa dont elles ont besoin : à part quelques groupes d'enfants mixtes comme à l'école ou en institution, mon expérience d'éducateur auprès des filles se résume à celles-ci :

    1. Je me suis beaucoup impliqué dans l'éducation de ma petite sœur, de sa naissance jusqu'à ses 6 ans: en fait j'ai été son troisième parent, presque son père.


    2. J'ai aussi essayé de remplacer un papa cocaïnomane de 20 ans auprès de sa petite fille, pendant les 4 premières années de sa vie.

    C'est donc par manque d'expérience personnelle que je vous parlerai beaucoup moins du papa des filles que du papa des garçons et certainement pas parce que les petites filles ou les plus grandes n'ont pas besoin d'un papa, le premier homme de leur vie.

  • Mes questions


  • J'aurai des questions à vous poser. Il y a des choses importantes dont il faut parler mais dont le témoignage vous revient : moi, j'ai seulement les questions. Ces questions sont écrites dans les enveloppes que je vous ai distribuées et qu'on ouvrira tout à l'heure, pas maintenant.


Un papa à tout âge ?

Il y a des âges, des périodes dans la vie d'un enfant avec laquelle ou lesquelles on a des affinités naturelles : il y a des hommes (c'est vrai aussi pour les femmes) qui se sentent démunis, inconfortables avec un enfant de moins de 2-3 ans ou qui ont très hâte que leur garçon ait enfin 9 ou 14 ans. Je connais un père séparé qui n'a vraiment commencé à se sentir capable d'être le père de son fils qu'à partir des 18 ans du garçon. Des hommes se sentent inutiles, impuissants, malhabiles, avant ou à partir de tel âge : l'entrée à l'école, la pré-adolescence, l'adolescence, la majorité. Ce n'est pas rare et c'est, à mon avis, tout à fait naturel.

En disant que c'est fréquent et que c'est naturel, je ne suis pas en train de vous dire qu'il est acceptable de cesser d'être papa à un moment donné de la vie de son enfant ni d'attendre 3 ou 10 ans avant de commencer à répondre à ses besoins. Je ne veux surtout pas dire que les enfants n'ont pas besoin de leur père ou d'un père pendant toute leur enfance jusqu'à leurs 18 ans.

En fait, c'est déjà une erreur de dire de « 0 à 18 ans » comme si c'était la seule période pendant laquelle les êtres humains ont besoin de leur père ou d'un père. J'ai travaillé pendant 5 ans auprès de grands adolescents et de jeunes adultes, surtout des garçons mais aussi quelques jeunes femmes, et je peux vous dire que ce n'est pas vrai ! Je n'oublierai jamais ce que m'a confié un jour un gars tout près de ses 19 ans : « Je n'ai jamais tant eu besoin de mon père que maintenant. Une chance que t'es là ! »

J'ai eu et j'ai encore des amis qui ont 18, 22 ou 25 ans et je peux vous dire qu'un père ça peut manquer à un grand garçon de 20 ans (et à une jeune femme tout autant, j'en suis certain). Se lancer dans la vie adulte personnelle ou professionnelle n'est pas une étape facile et ce n'est pas parce qu'on veut, qu'il faut ou qu'on a besoin de quitter la maison de ses parents qu'on n'a plus besoin (ou pas besoin) d'un homme qu'on peut appeler papa ou qu'on considère comme son père.

18 ans c'est seulement un chiffre dans le Code civil ou dans le Code pénal et ce chiffre arbitraire ne correspond pas tant que ça à une étape de vie dans la réalité de l'être humain. En fait, c'est plutôt les étapes de la vie, les étapes du développement naturel de l'être humain, qu'on essaie de faire coïncider avec des normes conventionnelles et artificielles, que ce soit celle de la responsabilité civile, de l'âge dit « adulte », de l'enfance ou de l'adolescence. Des fois, c'est bien plus que « faire coïncider », c'est carrément « forcer » dans le moule.

Ce que je viens de dire au sujet des 18 ans, âge où l'enfant est supposé être devenu un adulte, est aussi vrai pour les autres âges frontières depuis la naissance. La culture actuelle nous induit en erreur quotidiennement. Un garçon de 12 ans n'est pas un adolescent, quoi qu'en disent la publicité et le marketing qui ciblent les jeunes, un paquet de dépliants et certains petits manuels ad hoc pour parents. J'en parlerai tout à l'heure. Il ne faut surtout pas se fier au langage des media et des gens confus qui manquent non seulement de vocabulaire mais qui, surtout, font fi des connaissances de base au sujet du développement de l'être humain ou tout simplement du gros bon sens. Avec des phrases comme « un jeune adolescent de 10 ans » ou bien « la fillette de 13 ans » ou encore « la jeune femme de 14 ans ».

Ce qu'il est important de se dire c'est que la paternité s'exprime et se vit différemment selon l'âge des enfants et qu'il est tout à fait naturel d'être plus à l'aise dans certains rôles que dans d'autres. Et qu'on peut être papa sans se plier à des conventions culturelles du genre « un père doit faire ou ne pas faire avec son garçon ou avec sa fille telle ou telle chose, à tel ou tel âge ». J'aurais presque envi de vous dire qu'il n'y a pas de rôles paternels, de rôles écrits, prescrits. Il y a bien sûr des responsabilités parentales et elles sont définies dans le Code civil : mais un devoir ou une obligation n'est pas un rôle. Un rôle c'est de quelle manière on agit ses responsabilités ou ses fonctions.

Si être papa ce n'est pas un ensemble de rôles à jouer à tel ou tel âge, de telle ou telle façon, alors qu'est-ce que c'est ? Il y a quoi ?

Il y a les besoins des enfants, de chaque enfant.

Il y a la personnalité de chaque père.

Il y a qu'un homme n'est pas une femme.

Il y a que les hommes ont une manière d'être et de faire qui leur est propre et naturelle même si cette manière peut différer d'un homme à l'autre.

Il y a que les besoins d'un père chez les enfants ne sont pas les mêmes que leurs besoins d'une mère.

Il y a que l'enfant a besoin d'un homme dans sa vie, dès le début et tout au long de sa croissance, et que cet homme devrait être son père.

Ne vous imaginez surtout pas que le nombre de familles monoparentales construites autour de la mère, que l'absence d'éducateurs masculins dans les services de garde, que la faible présence d'enseignants masculins dans les écoles démontrent que les enfants peuvent se passer de leur père ou des hommes dans leur vie… sans qu'il leur manque quelque chose de très important ! Ne croyez surtout pas cela !

J'espère que vous ne pensez pas non plus que l'affection est une affaire de mères et qu'un bébé ne peut pas être correctement soigné et éduqué par son père ou bien qu'un père ne commence à être important pour son fils qu'à l'âge où il entre à l'école, à 5 ou 6 ans, et qu'avant ça, les enfants « c'est l'affaire des mères ».

Je me souviens d'un gars qui paniquait à l'idée de devoir s'occuper de son bébé parce que sa femme partait travailler quelques mois dans une autre ville. Il se sentait gauche avec un bébé dans les mains, il avait peur de ne pas trouver les bons gestes, de manquer de délicatesse, de lui faire mal. Vous voyez le genre ! Savez-vous ce qu'il faisait comme métier ? Il machinait des pièces de très haute précision… Je lui ai demandé si ça lui arrivait d'en échapper et d'en rater.

-- « Jamais ! »

-- « Alors, de quoi as-tu peur ? ! ».

La délicatesse et la douceur ne sont pas des qualités féminines, ce sont des qualités humaines. Des hommes peuvent démontrer autant et même plus de douceur, de délicatesse et de tendresse que certaines femmes, en général et aussi envers les enfants. Pensez aux chirurgiens.

Les bébés ont autant de place entre les mains de leur papa que dans celles de leur maman: ils s'y sentent aussi bien. Les bébés dorment aussi bien sur la poitrine de leur papa que sur le ventre de leur maman. Je vous ai parlé au début d'une princesse que son jeune papa cocaïnomane avait abandonnée: quand sa mère allait travailler et que les grands-parents ne pouvaient pas venir la garder, c'était moi qui passait la soirée à la maison. Elle s'endormait l'oreille sur mon cœur. Il n'y a rien de plus rassurant pour un bébé que le son assourdi d'un battement de cœur sauf … les vibrations de la voix grave de son papa qui lui parle. À une certaine époque, on prétendait que la voix grave des pères effrayait les enfants : c'est tout le contraire ! Les sons plus graves calment et rassurent. Et l'enfant apprend à associer cette voix grave au calme et à la sécurité : chez les oiseaux, on appelle ça « imprégnation ». Chez les humains, on appelle ça « papa qui m'aime ».

Et ne faites pas que parler à votre bébé : massez-le, caressez-le, bercer-le et racontez-lui votre journée, vos rêves de jeunesse et les rêves que vous faites pour lui. Ce sont des instants précieux, des moments uniques, et qui portent en eux une énergie dont vous aurez bien besoin quand il ou elle entrera à l'école ou quand il ou elle aura 12 ou 15 ans. Tout le monde sait qu'il faut engraisser la terre pour qu'elle produise, qu'il faut s'occuper des plantes qui poussent : les petits humains c'est encore bien plus fragile.

Mais les petits humains apprennent.

Ce que vous apprendrez à votre bébé avec vos mains et avec votre voix, avec vos sourires et avec vos jeux, il ne l'oubliera jamais et ce sont parmi les apprentissages les plus fondamentaux de la vie d'un être humain : l'estime de soi, la confiance en soi par le sentiment profond d'être le trésor de ses parents, de son papa, comme garçon ou comme fille.

Vous leur ferez un bien immense mais vous vous en ferez un aussi grand. On parle depuis longtemps déjà de zoothérapie dans les soins aux personnes âgées : on reconnaît qu'un petit chat caressé ou un petit chiot enjoué peut guérir et rendre la joie. La « bébé-thérapie » c'est encore mieux, bien mieux, et ça se passe en même temps que la « papa-thérapie ».

S'occuper d'un bébé ça fait du bien !

Tout à l'heure j'ai peut-être donné l'impression que les papas n'avaient pas de rôles spécifiques. Ce n'est pourtant pas ce que je voudrais dire. Ce que je veux dire c'est que vous devez faire attention de ne pas définir vos rôles de père à partir de stéréotypes, d'images ou de modes culturelles. Le premier rôle d'un papa est de répondre aux besoins de ses enfants et de le faire naturellement, ce qui veut donc dire pour un papa, à la manière d'un homme, à la manière de l'homme qu'il est.

En fait, je pense même que pour être un « bon père », il faut d'abord se sentir bien dans sa peau d'homme.

Suis-je bien dans ma peau d'homme ? Est-ce que je m'accorde le droit d'aimer mes enfants comme un homme et comme j'ai le goût de le faire à ma manière d'homme ?

Je suis bien conscient d'ouvrir par cette question un tout autre sujet, celui de la condition masculine, celui du malaise des hommes et des garçons depuis des années au Québec (et ailleurs). Le Québec est passé dans le tordeur, non pas dans le tordeur des femmes mais dans le tordeur d'un certain féminisme radical. C'est un autre sujet mais je ne crois pas qu'on puisse être papa sans être un homme et je crois qu'être papa c'est une affaire d'hommes. Alors, bien sûr, les deux sujets sont liés.

Être papa c'est être un parent à la manière d'un homme, c'est être le parent-homme d'un enfant, c'est répondre aux besoins de son enfant à la manière d'un homme et à partir de sa nature d'homme.


Garçon comme papa.
L'affection de papa.


Oui, les garçons ont des besoins de leur père et de manière spécifique. Parce que papa est un homme, fiston construira son identité de garçon, un petit homme, d'abord à partir de son père. Je ne parle pas du tout, ici, de son orientation affective et sexuelle mais de son identité. L'orientation affective et sexuelle de vos enfants, vous ne pouvez rien y faire sauf les aider à devenir des êtres humains épanouis et capables d'être heureux et de rendre heureux ceux qu'ils aimeront au cours de leur vie.

Et puis, être un homme ou un garçon ce n'est pas être « aux femmes ou aux filles » : l'orientation et l'identité sont deux choses distinctes qu'il ne faut pas confondre. Un garçon n'est pas homosexuel ou ne deviendra pas homosexuel parce qu'il aurait reçu trop d'affection, de caresses et de « becs » [bizous] de son père (pas plus que de sa mère, d'ailleurs). Un garçon ne préférera pas les garçons parce que son père est ou aura été affectueux avec lui.

Et j'ajoute que les marques d'affection, la tendresse, la délicatesse naturelles d'un papa envers ses enfants ne sont pas des manifestations de pédophilie ou d'inceste. Je n'insisterai pas sur ce dernier point mais je ne le mentionne pas sans raison.

Et n'ayez pas peur ! Votre garçon ne deviendra pas « fille » et moins « garçon » parce que vous êtes ou avez été affectueux avec lui à 4 ans, à 8 ans ou à 13 ans. Pas plus que votre petite fille ne deviendra un « garçon manqué » ou perdra sa féminité parce que vous jouez au soccer [foot] avec elle ou que vous vous roulez pas terre quand elle vous saute sur le dos. Vous pouvez aussi très bien habiller ses poupées ou faire avec elle votre meilleure recette de cuisine.

Je distingue orientation et identité parce que je vais vous parler des besoins affectifs de vos enfants, du besoin vital qu'ont les enfants de l'amour et de l'affection de leur papa, de leur parent-homme, et que je vais bien sûr vous en parler surtout à propos des garçons. Les filles en ont autant besoin mais pour les garçons c'est plus important parce que le garçon deviendra un homme (ou qu'il en est presque devenu un) et qu'il sait bien, rendu à un certain âge, que son papa a aussi été un garçon comme lui. En anthropologie, on dit que les garçons font partie de « la maison des hommes ».

Comme je vous l'ai dit au début, j'ai surtout été l'éducateur de garçons. Pourquoi pensez-vous qu'ils étaient si souvent grimpés sur mon dos ou assis sur moi ? Vous voulez savoir combien un homme c'est important pour des enfants ? Allez passer une journée dans un service de garde auprès des 4 et 5 ans, allez faire une suppléance de quelques jours dans une école primaire, devenez moniteur dans un camp de vacances. Vous verrez alors combien vous êtes importants comme homme et peut-être aussi combien un homme ça semble leur manquer.

Un jour, j'étais moniteur de groupe dans un camp d'été : on m'avait engagé pour m'occuper des garçons de 12 ans. Il y en avait 90 dans ce « sous-camp des 12 ans ». C'était la première journée et le chef du sous-camp devait les répartir en trois troupes. Il les a donc tous rassemblés et il leur a présenté l'équipe de moniteurs responsables de chacune des 3 troupes ; puis il leur a dit d'aller se placer devant l'équipe de moniteurs de la troupe dans laquelle ils voulaient passer leurs 3 semaines de camp.

L'une des 3 équipes n'était composée que de monitrices, l'autre était mixte autour d'une cheftaine et il y avait la mienne avec mes deux moniteurs. Que croyez-vous qu'il s'est passé quand les 90 garçons de 12 ans sont allés se placer devant la troupe de leur choix ? Une cinquantaine de garçons se sont précipités vers moi, une dizaine vers l'équipe des monitrices et le reste devant la cheftaine. C'était naturel et c'était prévisible. Les garçons sont bien avec les hommes et le lien papa-fiston à tout âge est un des liens les plus naturels et les plus forts de l'espèce humaine.


D'autres situations.

Je travaillais comme éducateur auprès de garçons de 6 à 11 ans. L'équipe était mixte : je travaillais seul les w-e et avec une ou deux éducatrices sur semaine. Croyez-vous que c'est vers les éducatrices que les garçons allaient le plus souvent pour un bobo ou pour leur bec [bizou] avant de se coucher ? J'ai commencé à animer et à m'occuper des enfants dès l'âge de 15 ans et j'ai observé que dans la majorité des cas, lorsque les enfants en général et les garçons en particulier avaient le choix entre une monitrice/animatrice et moi, ils venaient vers moi en cas de besoin. Ce n'est pas seulement le signe d'un besoin mais celui d'un manque. J'ai un cousin qui est le seul enseignant d'une école primaire : s'il était ici avec moi aujourd'hui, il pourrait passer la journée à vous raconter l'immense besoin qu'ont les enfants de la présence et de l'attention d'un homme.

Les papas sont nécessaires et indispensables au développement de leurs enfants. À l'occasion, des enfants qui n'ont plus leur père, se trouvent un papa substitut : le nouveau conjoint de maman, un oncle, grand-papa, un ami de la famille, un moniteur, le papa d'un copain, un voisin, un instructeur, etc.

J'entends : « Oui mais je ne suis pas habitué, je ne saurais pas quoi faire, ça me gêne… »

J'ai seulement le goût de répondre « Fais un homme de toi ! », à la blague.

Laisses-le faire quand il vient s'asseoir à côté de toi ou sur toi, quand il prend ton doigt ou ta main, quand il te prend par le cou, quand il t'embrasse, quand il place sa main sur toi. N'ayez pas l'impression qu'un enfant qui pleure a surtout besoin de sa mère.

« Oui mais qu'est-ce que je fais ? »

Regardes-le dans les yeux et souris-lui. C'est déjà beaucoup. Touches-le, serres-le contre toi. On prétend que les hommes ne parlent pas assez aux enfants. Je vous dis que les yeux et les mains communiquent aussi bien et même mieux que la parole et que la peau entend bien mieux que les oreilles certains messages d'amour et de sécurité.

J'entends : « Mon père n'a jamais fait ça avec moi. » ou bien « Mon beau-frère va trouver ça drôle. »

Et puis ? !

« Mon gars a 12 ans. »

Et puis ? !

Je me souviens d'un garçon de presque 12 ans. Il me demandait un massage quand il pouvait veiller plus tard que les plus jeunes, les soirs de w-e. Évidemment pas de père dans sa vie, presque depuis sa naissance. Avec lui, compte tenu de son sale caractère, les mots finissaient presque toujours par des disputes. Mais de temps en temps, il avait besoin de sa dose d'affection, de se sentir aimé, accepté, rassuré. Mais pas par des mots : sa manière à lui c'était « Fais-moi un massage. » Et il n'aurait jamais demandé ça à une éducatrice. Le massage d'abord : les mots venaient pendant ou ensuite.

N'ayez pas peur de vous : ne vous laissez pas envahir ou distraire par le discours qui affirme que les hommes sont dangereux pour les enfants. Ce n'est évidemment pas parce que la majorité des agresseurs sont des hommes que la majorité des hommes sont des agresseurs ! Bien au contraire ! Les caresses et les câlins ne sont pas du domaine exclusif des mamans et un enfant ne prive pas sa maman parce qu'il va chercher l'affection de son père. Quand on dit qu'un enfant a besoin de ses deux parents, on dit qu'il a besoin de son père à 100 %.

Chaque enfant choisit par instinct chez qui, son papa ou sa maman, il ira chercher la réponse à tel ou tel besoin. Il suffit d'être disponible et de l'accueillir.

Mon neveu a 13 ans. Il a été élevé par un couple parental, c'est à dire autant par sa mère que par son père, les deux ensemble. Quand mon neveau avait un problème avec ses amis, un problème de jeu ou une décision difficile à prendre, il allait voir sa mère. Mais chaque fois qu'il avait de la peine ou un bobo, c'est son père qu'il allait voir. La plus part des gens auraient imaginé des rôles inversés: ma sœur est plutôt délicate et le genre « organisatrice », mon beau-frère est du type « barbu explorateur en Amazonie » et guide d'aventures. Le garçon, lui, ne connaissait rien aux rôles d'un papa et d'une maman mais il ressentait bien ses besoins. Ses parents pour leur part se foutaient bien des stéréotypes de rôles : chacun répondait aux besoins de son fils selon sa personnalité et la demande de leur garçon.

Prenez-votre place dans le cœur de vos enfants, ils en ont besoin et vous aussi.

Dites-vous à vos enfants combien ils sont importants pour vous, qu'ils vous rendent heureux, que vous les aimez ?

Avez-vous déjà réfléchi à comment peut se sentir un enfant qui n'est pas certain, qui ne ressent pas profondément, que son père a besoin de lui, qu'il est très important pour lui, qu'il est essentiel à la joie de son papa ? Avez-vous déjà aperçu les étoiles dans les yeux d'un enfant qui se fait dire « Moi aussi j'ai besoin de toi. Tu me rends heureux. Je suis si content que tu sois né et que tu sois mon garçon (ou ma fille), que tu fasses partie de ma vie » ?

Même quand les mots sont un peu différents parce que tu n'es pas son vrai papa, ses yeux s'allument.

Un flo [garçon] de 11 ans m'a déjà dit « Avec toi, je me sens déjà grand ».

On pourrait dire en effet qu'un papa c'est celui qui fait que son flo de 5 ans ou de 10 ans se sent « grand » et « le Roi du monde ». L'enfant se voit d'abord à travers les yeux de son père bien plus qu'à travers les siens et c'est ainsi qu'il se sent déjà grand et qu'il aura le goût de grandir lentement.


Un papa pour jouer.
Jouer pour grandir


Un autre domaine où les papas, les parents-hommes (et les éducateurs masculins en général) sont très importants pour les enfants et surtout pour les garçons, c'est celui du JEU.

Le jeu est l'univers de l'enfant et c'est son attitude fondamentale: l'enfant vit en jouant et je vous dirai que pour les garçons, il n'a presque pas d'âge. À 17-18 ans, ils ont encore le goût de jouer et même encore beaucoup plus vieux.

Un papa, c'est un homme bien dans sa peau d'homme, capable d'affection et QUI JOUE.

« Oui mais il a ses amis pour jouer ! »

Plus un garçon a pu jouer, a joué et joue avec son père (ou avec un homme important pour lui), mieux il jouera avec ses amis et mieux il saura choisir ses amis.

Un papa, c'est bien mieux qu'un autre garçon pour un garçon parce qu'un papa ça ne te fera pas mal, ça te montre comment faire, ça te donne la permission, ça le fait avec toi. Ce n'est pas grave de perdre avec son papa et ce n'est pas si grave si c'est lui qui gagne ; en fait, ce n'est même pas important qui gagne quand on joue avec son papa. Mais quel défi de gagner contre son père, quelle fierté quand on a gagné contre lui !

Et il n'y a pas d'âge pour ça !

« Oui mais mon père ne jouait pas avec moi… »

Profites-en alors ! S'il y a encore en toi un garçon qui a manqué de jouer avec son père, je pense que ce garçon-là va aimer jouer avec ton fils. Autant ce n'est pas dangereux de jouer avec son père, autant ce n'est pas dangereux de jouer avec ses enfants.

Et il n'y a vraiment pas d'âge !

Jouer, ça peut être mille choses :

jouer aux échecs, construire un bolide modèle, aller pêcher, collectionner des cartes, réparer la tondeuse [à pelouse], observer les étoiles, retrouver le chien, se raconter des histoires, faire une vente de garage [vente de grenier], se rouler par terre, se costumer, avec un ballon, attraper des grenouilles, camper en forêt, faire de la moto, grimper en montagne, apprendre à conduire, se tirailler [lutter en jouant], construire une cabane, raccorder et brancher la laveuse [machine à laver les vêtements], vider le garage, se tirailler, se tirailler, se tirailler…

Un garçon apprend à s'aimer comme garçon à travers son père, en jouant avec lui. L'estime de soi et la confiance en soi des enfants se développent à travers le jeu. Une des meilleures manières d'éduquer des enfants c'est de jouer avec eux. C'est aussi la plus amusante et celle qui requière le moins d'autorité.


Un papa pour savoir faire
Faire sans violence


Une autre chose très importante pour les garçons et qui colle aux papas c'est le développement des habiletés manuelles et des savoirs-faire. Dans quel domaine ? Ce n'est pas important et nul besoin d'être un expert. Les habiletés manuelles sont plus importantes pour les garçons que pour les filles parce que les garçons ont la tendance naturelle à vouloir faire des choses et à désirer être capables de faire des choses.

Mais un papa peut faire plein de choses aussi avec ses filles, en fait tout ce qu'une fille peut vouloir faire avec son père, mais vous avez sans doute remarqué que ce qu'une fille veut faire avec son père est souvent bien différent de ce qu'un garçon a le goût de faire avec son père.

Pour un garçon, apprendre avec son père est aussi important que pour une fille apprendre avec sa mère. Ce n'est pas sexiste d'affirmer cela mais c'est cependant affirmer ce qu'un certain féminisme a nié en nous faisant croire qu'il n'y avait pas de différence entre les sexes ou qu'il était mieux d'aplanir ces différences. On avait même presque l'impression à une certaine époque au Québec que ce n'était pas bien d'être un homme ou un garçon. Si l'égalité des femmes et des hommes doit être absolue devant la Loi et dans les lois, si les hommes et les femmes sont, par nature, d'égale dignité, l'absence de distinction homme/femme et fille/garçon est une erreur idéologique dans le domaine de l'éducation.

Il y a des sortes de mixité qui nuisent profondément aux garçons.

De manière générale et sans tomber dans les stéréotypes de genre, le parent-homme, le papa, représente la force physique aux yeux de ses enfants, aux yeux de son garçon. Et c'est ici que le jeu physique avec son père est important pour le développement des garçons. En jouant à des jeux de force, d'agilité et d'adresse, en se tiraillant avec papa, en luttant avec lui, le garçon apprend à distinguer force de violence. Il apprend à apprivoiser l'agressivité saine et naturelle des garçons. Je ne suis pas surpris de l'augmentation des comportements violents chez les garçons : en plus des images et des modèles de violence dont on les inonde dès qu'ils regardent la TV, qu'ils ouvrent un ordi où qu'ils vont au cinéma, on les prive de jouer et de bouger comme des garçons dans les classes et dans les cours d'école et on les éduque dans des services de garde ou le personnel est composé à 97,67 % de femmes et dans des écoles primaires où les hommes ne représentent que 10-15 % des enseignants.

L'absence des hommes en éducation est un des facteurs les plus importants de la violence des garçons. Les enfants sont violents parce qu'ils n'ont pas la possibilité d'utiliser et d'apprendre à utiliser leur force, leur énergie et leur agressivité naturelle. L'implication des parents-hommes, des papas, dans l'éducation des garçons est essentielle et indispensable.

L'agressivité des garçons est naturelle, saine et créatrice mais comme toute force naturelle elle doit être éduquée. Mais pour être bien éduquée, elle doit d'abord être aimée et valorisée et qui mieux qu'un papa peut apprendre à son fils à aimer sa force et à s'en servir sans violence ?

Attention, je ne dis pas qu'une fille ne peut pas se tirailler avec son père ni « jouer au ballon » avec lui. Je dis seulement que le père est le parent auquel le garçon s'identifiera le mieux parce qu'il lui ressemble le plus... et vice-versa.

Un garçon ne devient pas violent ou agressif en se tiraillant ou en jouant physiquement avec son père. C'est même tout le contraire !

Pendant 3 ans, j'ai élevé 9 garçons de 10 à 16 ans. Les ¾ de mes garçons apprenaient et pratiquaient le judo et le taekwondo dans un centre du quartier et j'avais réservé une pièce de notre grande maison aux jeux de combat et au tiraillage. Évidemment, je ne me privais pas de jouer et de lutter avec eux. Et quand je nous comparais aux autres foyers de groupe, je découvrais que nous étions le seul foyer où il n'y avait pas de (vraies) batailles, de vol ou de vandalisme. Jamais un de mes gars n'était impliqué dans une bataille à l'école. Pourtant la plus part de mes garçons avaient été placés chez moi à cause de troubles du comportement allant de la violence physique contre leurs parents ou du vandalisme dans le voisinage à coups de batte de base-ball jusqu'à la bombe artisanale dans son casier à l'école (sic !). Et certains de mes 11-13 ans auraient pu « casser la gueule » à des plus grands qu'eux sans difficulté.

Chez nous, les garçons jouaient et se tiraillaient librement mais c'était la paix. Leur énergie et leur agressivité naturelles de garçon étaient valorisées et canalisées. Aujourd'hui, on empêche les enfants de se lancer des balles de neige dans les cours d'école mais on les encourage à boxer sur les patinoires.

Dans tous les camps [colos] où j'ai été responsable de groupes de garçons, j'ai agi de la même manière en organisant des périodes de jeux de combat et de tiraillage et beaucoup d'activités physiques et d'aventure. Et malgré qu'on me confiait généralement les garçons les plus difficiles et que les clientèles de ces camps provenaient de milieux défavorisés, mes groupes étaient les plus pacifiques et les plus autonomes du camp.

Un garçon, faut que ça bouge et à la maison il n'y a pas de meilleur maître de jeu que papa. Un garçon qui joue beaucoup avec son père, est un garçon plus pacifique à l'extérieur de la maison.

Je me souviens aussi d'un petit démon de 9 ans, impulsif, colérique, agressif et susceptible: le genre qui te saute dessus toutes griffes sorties quand tu t'opposes à lui. Littéralement et à coups de poings et de pieds : je ne vous parlerai pas de son langage.

Ce n'était pas le seul de cette espèce : la moitié des garçons se sautaient dessus à chaque jour. Alors j'ai commencé à organiser des jeux de combat et de « prise de foulard ». Il avait fallu bien sûr que je négocie ça avec les éducatrices formées à la mentalité actuelle : elles étaient assez réticentes parce qu'elles étaient convaincues que ça allait rendre les garçons plus batailleurs et plus violents. Où avaient-elles appris cela ? Formation du CEGEP ou culture ambiante ? Faute d'arguments qui tiennent la route, elles ont fini par accepter à la condition que « je m'arrange avec ça » et que les garçons soient avertis que ces jeux-là ne seraient permis qu'avec André.

Au bout de deux semaines, les tensions entre les garçons-tigres étaient sensiblement tombées et le petit démon était devenu capable de se tirailler et d'être un Pokémon sans que ça aboutisse dans des cris, des batailles et des larmes. Il avait d'abord fallu l'apprivoiser et lui apprendre à jouer en luttant avec moi. Les autres aussi. Comme je l'ai dit tout à l'heure, un papa, ça te fait pas mal, ce n'est pas dangereux, ça montre comment, ça n'humilie pas, ça ne se moque pas, ça pardonne et ça encourage : un papa ou un « André ».

C'est avec son père qu'un garçon a les meilleures chances d'apprendre à se faire confiance, à ne pas avoir peur de perdre, à découvrir sa propre force et ses habiletés physiques, à aimer jouer. C'est en jouant avec son père qu'il apprend à jouer avec ses amis parce que c'est avec son père qu'il est le plus en sécurité.

Évidemment, si vous êtes plutôt le genre à vouloir lui prouver que vous êtes le plus fort et le plus habile et qu'un garçon « ça doit se battre », vous seriez mieux d'oublier ça. Si votre objectif c'est de lui apprendre à se battre pour se faire respecter et pour ne pas faire « la moumoune » [chochotte], c'est mieux d'oublier ça. Ce n'est pas du tout dans cet esprit-là que je valorise les jeux physiques entre un papa et ses garçons, entre les garçons et les hommes qu'ils se choisissent.

Un petit mot sur la prise de foulard. C'est à mon avis le jeu de combat le plus éducatif : c'est le seul jeu (et non sport) de combat où la cible n'est pas l'adversaire et où il n'est pas nécessaire de toucher l'adversaire pour gagner. C'est un jeu simple : t'as gagné quand tu as pris le foulard de l'autre, c'est tout. Aucun coup permis. Ça se joue debout et au sol, un contre un, un contre 2 ou 3, équipe contre équipe. Les variantes sont nombreuses : ça peut se jouer à 1 ou à plusieurs foulards que l'on place à la ceinture, au poignet ou à la cheville. Ce ne sont pas toujours les plus grands qui gagnent, loin de là, et les garçons adorent attaquer un adulte en groupe.

Il y a aussi le jeu de la cenne [un centime] dans une main ou la variante d'une cenne dans chaque main. Il s'agit d'ouvrir la main de l'adversaire pour y prendre la cenne. Et on a le droit tricher en chatouillant. Si vous avez 2 enfants et plus, je vous défie de leur résister plus de 5 minutes.


Papa patron ?

Un papa ce n'est pas seulement l'Autorité: être papa ce n'est pas représenter l'autorité à la maison. L'autorité parentale doit être également partagée entre les parents dans la famille. Je trouve que l'attitude de laisser le père décider par autorité ou par pouvoir est une attitude sexiste qui nuit aux enfants, aux hommes et aux femmes. Il n'est pas sain d'éduquer les enfants avec l'impression que les hommes ont plus de pouvoir que les femmes. La force physique et l'agressivité naturelle des garçons ne sont pas destinées à la domination.

Autrement dit, il n'est pas mieux d'éduquer les garçons dans un contexte d'autorité paternelle qu'en absence paternelle ou masculine : les deux peuvent conduire les garçons à la violence.

N'acceptez pas qu'on vous confie l'autorité de la maison sur les enfants : c'est un piège. Être parent c'est une co-responsabilité et un partenariat.

N'allez surtout pas croire cependant que vous perdrez votre autorité naturelle en jouant avec vos enfants. Les parents qui perdent leur autorité, qui perde le pouvoir de leur autorité naturelle, c'est souvent parce qu'ils s'en sont trop servi et aux mauvais moments. L'autorité ça s'use et ça se gaspille.

Et être autoritaire ce n'est pas nécessairement avoir de l'autorité, c'est même le contraire. Le pouvoir de l'autorité ne vient pas des attitudes autoritaires. Ce n'est pas celui qui parle le plus fort et qui se met en colère qui a le plus d'autorité sur les enfants. En fait, on remarque facilement chez les enfants ceux qui se font constamment crier par la tête et menacer : ils n'entendent plus, ils sont immunisés.

Aux yeux des enfants, leur papa est une autorité naturelle : ce ne sont pas les enfants qui se soustraient à l'autorité parentale, ce sont les parents qui la gaspillent et la perdent. Parents et souvent aussi, éducateurs.


L'assurance « papa »

L'un des gros avantages d'avoir un papa pour un enfant et surtout pour les garçons, c'est de pouvoir risquer, d'essayer pour voir… à la condition d'avoir un papa « back-up » [appui d'arrière-garde], un papa qui favorise l'apprentissage en assurant la sécurité, un papa qui place la limite là où le danger est réel et inutile.

Un papa qui dit « oui » en tenant la main plutôt que « non, tu vas tomber ». Un papa qui encourage la confiance en soi. Un papa qui surveille et qui protège mais qui va faire avec toi ou te montrer comment le faire.

Il y avait cet autre petit garçon de 8 ans et demi : on me l'avait décrit voleur et menteur. « Surveilles tes poches ! » Il brisait tout : un vrai saboteur. Sa chambre était pleine d'objets ramassés dans les ruelles et cachés dans ses recoins secrets.

Je lui ai alors interdit d'entrer quoique ce soit dans sa chambre sans ma permission. Puis je lui ai acheté des outils et un coffre et je l'ai encouragé à démonter et à réparer plutôt que de détruire. Un petit géni ! En un après-midi il pouvait démonter un télécopieur et le remonter… et avec tous les fils bien connectés ! À la pêche, un jour, deux adultes avaient perdu patience à tenter de faire fonctionner un moulinet : il l'a pris dans ses mains-outils et 3 minutes plus tard le moulinet fonctionnait.

Un autre jour, en promenade en auto, il aperçoit deux motards de la Police avec leur BMW à un Duncan's Donut [chaîne de café-beignets]. Je n'avais pas terminé de stationner [de me garer] qu'il était sorti par la fenêtre (!) et traversait la rue en courant pour aller les voir. Un des motards expliquait à l'autre qu'un drôle de bruit provenait de l'arrière de sa moto et qu'il ne savait pas ce que c'était. Le flo [garçon] était déjà à quatre pattes, le nez sous le silencieux. Il a trouvé le problème en 1 minute : un boulon tombé, un bidule qui branlait. Il n'avait jamais vu de BMW autrement qu'en image. Notre jeu favori en auto c'était quand je lui confiais le levier des vitesses : à la troisième sortie, il passait les vitesses par instinct et à l'oreille en surveillant la route et mon pied sur l'embrayage.

Il avait trouvé celui qui pouvait lui dire « NON » et « OUI ». J'étais devenu celui qui avait le plus d'autorité sur lui parce que j'étais devenu l'adulte le plus important pour lui parce que j'étais devenu celui avec qui il se sentait meilleur et déjà grand.

N'ayez pas peur de le protéger en disant « NON » chaque fois que l'expérience sera néfaste et dommageable pour lui mais n'ayez pas peur non plus de dire « OUI » à ses talents, à ses aptitudes, à ses capacités. Et tenez-lui la main. Avec vous il ne risque rien.

N'ayez surtout pas peur qu'il vous aime moins parce que vous lui dites « NON »: c'est le contraire qui se passe. Vous seriez surpris de voir combien de jeunes ne respectent plus les adultes justement parce que ces derniers ont peur de leur dire « NON » et les laissent faire. Les adultes qui veulent ou qui ont besoin de faire « cool » sont, à mon avis, néfastes, des ponts branlants et non sécuritaires, des adultes qui manquent d'assurance.

Un enfant ne peut pas s'appuyer sur un papa qui n'est pas solide, qui est mou, qui plie avec le vent des modes ou de la culture du moment.


[ CONFÉRENCE TERMINÉE PAR L'HORLOGE ]
[ ÉCHANGE LIBRE À PARTIR DE QUELQUES QUESTIONS ]


Qu'est-ce que vous aimeriez beaucoup faire avec votre enfant mais que vous n'osez pas faire ?

Que trouvez-vous de plus difficile à faire comme papa ?

Qu'aimez-vous le plus faire avec votre (vos) enfant(s) ?

Qu'est-ce que vous aimeriez beaucoup faire avec votre enfant mais qu'on ne vous permet pas de faire ? Avec votre garçon ? Avec votre fille ?

Avez vous l'impression qu'on vous laisse toute votre place de père: à la maison ? Hors de la maison ?

Qu'est-ce qui vous empêche d'agir comme papa, qui vous retient ou qui vous limite: à la maison, dans la famille ? Hors de la maison ?








Bonjour :)

Les idées que je vais vous présenter cet avant-midi sont celles d'un éducateur qui s'est impliqué depuis 40 ans, personnellement autant que professionnellement, auprès des enfants, surtout auprès des garçons.

J'utilise ici le terme éducateur dans son sens large: celui qui éduque dans un centre d'accueil, dans des classes d'adaptation scolaire, en foyer de groupe, sur la rue, comme famille d'accueil ou en camp de vacances.

Ce que je pourrai vous dire ici est strictement personnel et n'engage nullement le CQRPE auquel je suis lié actuellement comme formateur depuis 1997. Depuis 2 ans, j'ai commencé à exprimer au CQRPE ma préoccupation devant l'absence d'éducateurs masculins dans les CPE et les autres services de garde au Québec: un nouveau dossier peut-être. Alors quand M. Lajoie a dit à la directrice du CQRPE qu'il cherchait des conférenciers pour aujourd'hui, elle lui a suggéré mon nom. Samedi dernier, par le même processus, je suis allé présenter une conférence devant un groupe de pères de l'organisme Re-pères au sujet de l'importance des pères dans le développement des enfants, des garçons en particulier.

J'ai accepté avec enthousiasme de venir présenter cet exposé ici aujourd'hui: c'est pour moi une occasion précieuse et inattendue. Je remercie M. Lajoie pour son invitation.

Mais depuis le jour où j'ai accepté, je vis un tourment intérieur. C'est la première fois que je dirai devant un groupe ce que je tenterai de vous communiquer pendant cette demi-heure. Ce n'est pas la primeur qui m'intimide mais c'est le sujet qui me touche profondément. Je ne peux pas parler des enfants et des garçons sans émotions parce que j'ai toujours fait mon métier d'éducateur en me servant de mes émotions, ce qui d'autre part, pour bien des professionnels et des gestionnaires en Éducation, est risqué ou considéré comme un signe d'incompétence ou de non-professionnalisme.

Je ne peux donc pas non plus m'exprimer sur le thème d'aujourd'hui « SOS Garçons » sans émotions et ce ne sont pas des émotions faciles à exprimer: celle qui domine en moi depuis une dizaine d'années est un sentiment de colère. Et cette extinction de voix (ça va mieux aujourd'hui qu'hier) m'aidera beaucoup. Ça fait des semaines que j'essaie de trouver le ton juste qui conviendrait le mieux à cet exposé: ça me rassure de ne pas pouvoir forcer la voix ;)

En 30 minutes, je ne pourrai pas faire beaucoup de nuances ni arrondir les coins. De toute façon, si c'est vrai qu'il y a urgence -- ne parle-t-on pas de SOS ? -- je crois qu'on a dépassé depuis longtemps le stade des nuances, du confortable, du rassurant, du politically correct, de la banalisation…

L'autre facteur qui m'aidera c'est d'avoir écrit cet exposé et de vous parler en lisant. Autrement, je serais incapable de me limiter à une demie-heure.


Un SOS, vraiment ?

J'ai le goût de commencer en vous disant que je me suis presque mis à rire quand j'ai appris le thème « SOS Garçons ». « SOS Garçons » en 2004 ! Ça fait trente ans qu'il y a de la fumée et que l'incendie couve, que le navire prend l'eau et on ne crie SOS que maintenant !

Ça fait 30 ans au Québec que l'on prépare, qu'on laisse s'installer cette situation, situation que l'on commence à peine à décrier depuis quelques années. Ça me choque d'entendre ça aujourd'hui, « SOS Garçons » parce que ça fait 30 ans que je trouve que ça va de plus en plus mal pour les garçons au Québec.

J'ai parlé de « colère « et j'ai dit « choqué ». Je ne suis pas certain du tout que ceux qui sonnent maintenant l'alarme ou qui s'alarment ou que l'alarme réveille veulent vraiment éteindre l'incendie et sauver le navire. Pas certain du tout qu'ils voudront le faire, qu'ils consentiront les efforts nécessaires.

J'ai l'impression qu'ils le voudraient bien mais j'ai beaucoup de difficulté à croire que les décideurs, les organismes et les mentalités qui ont laissé l'incendie couver, qui n'ont pas senti la fumée, qui ont enlevé les piles des alarmes en banalisant chacun des symptômes précédents, qui se sont installés dans le confort de l'inertie ou de l'aveuglement, que ceux-là, maintenant, vont vraiment lutter contre l'incendie. En fait, je doute beaucoup de leur crédibilité.

Je suis pessimiste. Mes amis ne me reconnaissent plus, moi, l'habituel optimiste qui voit toujours le verre à moitié plein.

D'autant plus qu'on continue à mettre le feu et à percer des trous dans la coque. J'ai l'impression qu'on croit qu'on pourra lutter contre la typhoïde sans être obligés de modifier radicalement les conditions d'hygiène et l'alimentation en eau potable.

J'entends dans « SOS garçons » comme si les problèmes venaient de surgir, spontanément, comme ça, depuis quelques années, sans racines, sans causes. La maladie dont souffrent les garçons est en phase de crise, on lance un SOS mais ça fait 25-30 ans qu'ils l'ont attrapée et que les symptômes se multiplient et s'aggravent. Comment peut-on se fier au médecin de famille qui crie « à l'urgence » quand il découvre une maladie à évolution lente dont il a négligé les symptômes ?

On ne peut pas crier « SOS garçons » sans lancer aussi un SOS pour l'enfance, pour l'adolescence, pour la famille et pour l'école.

Dire que ça va mal pour les garçons en laissant croire que tout le reste va bien c'est faire l'autruche. Personnellement je trouve que ça fait longtemps qu'on fait l'autruche au Québec et que c'est même devenu une manière de gérer. Surtout, ne pas faire de remou.

Ça ne pourrait pas aller mal pour les garçons si ça allait si bien pour l'Enfance, pour les adolescents, pour la Famille et dans les écoles.

Un garçon c'est d'abord le fils de ses parents. Un garçon c'est un enfant, c'est un pré-ado, c'est un adolescent. Un garçon ça passe quand-même 6 heures par jour, 5 jours par semaine, 10 mois par année dans une classe et dans une école. Il n'y aurait que les garçons qui seraient en difficulté ? Pas les fils, pas les frères, pas les amis ? Et tout va bien à l'école pour lui ? Et c'est à cause de lui si ça va mal pour lui à l'école, qu'il décroche et qu'il échoue ?

Si on s'imagine qu'on peut éteindre l'incendie ou sauver le bateau sans cesser de mettre le feu et de négliger la coque, on rêve en couleurs. On ne peut pas sauver un navire en pompant sa cale tout en laissant l'eau entrer. Quand je regarde ce qu'on fait et ce qu'on laisse faire au Québec depuis 30 ans dans le domaine de l'Éducation, de l'Enfance, de la Jeunesse, je ne suis pas surpris d'entendre crier SOS aujourd'hui.


Les garçons ont besoin des hommes

D'une manière globale, je ne crois pas qu'on puisse éduquer des garçons sans hommes. Le Québec est passé dans le tordeur de certaines idéologies féministes et ça fait bien 10 ans qu'on parle timidement du malaise des hommes.

Comment voulez-vous que les garçons se sentent bien dans leur peau de garçon si les hommes se cherchent eux-mêmes ? !

D'un côté, il y a l'absence des hommes et d'un autre côté il y a la peur des hommes -- l'androhobie.

97,67 % du personnel éducateur dans les services de garde à l'enfance sont des femmes 1.

Au primaire [5-12 ans]: au pré-scolaire [5 ans] = 97 %, en adaptation scolaire = 89 %, au régulier = 89 % et 83 % des professeurs suppléants 2.

Je n'ai pas trouvé les chiffres spécifiques pour le premier cycle du secondaire [12-14 ans] mais d'après les chiffres des 5 degrés du secondaire, j'estime entre 15% et 30 % seulement la proportion d'enseignants masculins auprès des garçons de 12 à 14 ans.

Les garçons sont éduqués presque uniquement par des femmes au Québec et on est surpris que les garçons soient en difficulté ? Il n'est pas surprenant que l'ensemble de l'éducation au Québec ne soit pas conçu, organisé et vécu pour les garçons. Et ce n'est pas en appliquant des petits pansements comme des « programmes spécifiques » qu'on va renverser la vapeur.

Il faudrait qu'on s'interroge très sérieusement sur cette absence des hommes en Éducation: les facteurs sont profonds et là aussi il n'y a pas de génération spontanée. Il ne faudrait pas s'imaginer que cette absence des hommes est le signe qu'on peut élever des garçons sans hommes signifiants et bien dans leur peau d'homme auprès d'eux.

D'autre part, que se passe-t-il trop souvent quand les hommes tentent d'approcher les garçons ? Ou bien ils se sentent noyés, effacés, dans un univers féminin et dans une culture féminine ou bien ils sont soupçonnés d'avoir des intentions d'agresseurs sexuels. Je me souviens d'une formation que j'animais en sélection des ressources humaines où des gestionnaires de CPE [centres pour la petite enfance] m'interrogeaient sur la manière particulière de faire la sélection et d'interviewer les candidats masculins: il y avait une gêne lourde dans le groupe et c'est moi qui ai dû prononcer les mots « pédophilie » et « agressions sexuelles » pour mettre le sujet sur la table.

L'éducation et tout ce qui touche aux garçons a peur des hommes. Vous croyez que les garçons ne le sentent pas ? On commence même à leur en parler à l'étape de la petite enfance. Vous savez ce qui se passe chez une personne quand on génère en elle de la méfiance ou de la crainte vis-à-vis ce qu'elle ressent comme un besoin vital et naturel ? On est surpris ensuite que les garçons se sentent mal comme garçon ?

La croissance des comportements violents chez les garçons (et chez les filles) est une des conséquences de cette absence des hommes auprès d'eux et de la méfiance envers les hommes dans notre société face à l'Enfance.

On confond force, agressivité et violence. On confond l'agressivité saine et naturelle des garçons avec la pulsion de violence. Par phobie de la violence, on interdit aux garçons la manifestation naturelle de leur force et de leur agressivité naturelles. Le tempérament des garçons est devenu un problème. Ils peuvent être des garçons à la condition de ne pas trop agir comme des garçons. On s'imagine qu'on les éduque en leur interdisant de se tirailler dans les cours d'école ou dans les foyers de groupe ou de se lancer des balles de neige. Par contre on les laisse regarder n'importe quoi à la TV, au cinéma, à l'écran de leur ordinateur et on paye des millions en salaire à des gens qui posent des actes criminels sur la glace [la violence au hockey professionnel].

Le pire c'est quand je vois des hommes oublier qu'ils ont été des garçons en se moulant, en se conformant, bien confortablement, dans des rôles où leurs qualités d'hommes ne sont plus nécessaires, dans des rôles « pour ne pas faire peur ».

Samedi dernier, j'ai dit à des pères de ne pas trop se casser la tête à chercher les bons rôles paternels. Je leur ai suggéré qu'être père c'était d'abord être un parent homme, un homme parent, un parent à la manière d'un homme. Ce qui sous-entend que pour être un bon papa faut peut-être d'abord se sentir bien dans sa peau d'homme et reprendre sa place comme homme dans la famille, auprès de ses enfants.

Je dirais la même choses à des éducateurs.

Les hommes sont indispensables aux garçons. Quand ils n'en trouvent pas de solides et qui les aiment à la maison, à l'école ou dans le voisinage, alors ils vont chercher ailleurs et ailleurs, chez les garçons (et de plus en plus chez les filles), c'est la gagne. Les garçons sans hommes s'élèvent entre eux. Le phénomène de gagne à l'adolescence est provoqué et exacerbé, au-delà des limites naturelles d'une adolescence normale, par cette absence des hommes. À mon avis, il s'agit d'une urgence nationale.


Respecter leur développement naturel

Un autre facteur de la situation alarmante des garçons et que je considère comme une violence psychologique qui leur est faite, c'est la confusion générée et entretenue entre « enfance », « pré-adolescence » et « adolescence », autant chez les filles d'ailleurs que chez les garçons.

Les garçons sont bousculés par des rôles dictés par une certaine culture, Monsieur Peñafiel vient d'en parler, et qui précède leur maturation naturelle. On a fait disparaître la « pré-adolescence « comme étape indispensable de la maturation entre l'enfance et la véritable adolescence. Les garçons de 12-14 ans sont projetés dans l'adolescence et on traite les 11 ans comme s'ils allaient être des ados l'année suivante. C'est ahurissant !

La culture actuelle nous induit en erreur quotidiennement. Un garçon de 12 ans n'est pas un adolescent, quoi qu'en disent la publicité et le marketing qui ciblent les jeunes, une multitute de dépliants de vulgarisation et certains petits manuels pour parents. Il ne faut surtout pas se fier au langage des media et des gens confus qui manquent non seulement de vocabulaire mais qui font surtout fi ! des connaissances de base sur le développement de l'être humain ou tout simplement du gros bon sens. Avec des phrases comme « un jeune adolescent de 10 ans » ou bien « la fillette de 13 ans » ou encore « la jeune femme de 14 ans » on entretient de fausses idées qui justifient ensuite de mauvaises attitudes éducatives.

Je n'ai malheureusement pas le temps ici de développer cet aspect mais il est au cœur de certaines erreurs face aux garçons, dans les familles, dans les écoles, dans les camps de vacances et tout autant dans les ressources des Centres Jeunesse [institution responsable des jeunes en difficulté]. Un pré-ado n'est pas du tout un ado et on lui rend un très mauvais service en lui faisant croire ou lui laissant croire le contraire. Mais au Québec, il n'y a pas que la religion qui soit devenue d'abord un phénomène culturel, l'Éducation aussi est dominée par la culture du moment: les éducateurs ont abandonné leur fonction, leur responsablité, de placer et d'éclairer les points de repère. Depuis une dizaine d'années, le courrant culturel a emporté les bouées de navigation et les garçons s'échouent et échouent.


Arrêter de banaliser

Un autre facteur qui m'apparaît important c'est la hausse de la consommation de drogue. On parle de 23 % dans les écoles [près de 35% en 2007]. Je suppose que c'est passé de 0% à 23% en quelques années ? Un autre phénomène de génération spontanée ? Une autre situation sans responsabilités, sans racines et sans causes ?

On a inventé deux beaux concepts pour enlever les piles des alarmes: le concept de « drogues douces » et celui de la « réduction des méfaits ». Actuellement la valeur de base des policiers et des politiciens et celle qu'on entend chez ceux qui se disent « éducateurs en chef », ce sont les coûts reliés à la lutte contre ce fléau: on parle d'économie, d'argent, de profits, on chiffre et on calcule. Jamais on ne met en jeu les conséquences sur les jeunes, jamais on ne place les jeunes comme valeur première des réflexions et des actions. Et on banalise autant que les autruches sont habiles à le faire.

Ce n'était pas grave quand c'était 5%, alors pourquoi le serait-ce à 10 %. On est rendu à 23 % [35 %] ! Bof ! C'est seulement un join. Comme si c'était le join qui était le problème ! Un join c'est trop souvent le premier.

À voir la banalisation officielle et quasi-systématique de cette situation on en arrive presque à se demander à qui elle profite. En tout cas, j'ai l'impression qu'il y a beaucoup d'adultes qui ne veulent pas perdre leur confort et leur liberté de fumer leur join, quels qu'en soient les effets d'entrainement sur les jeunes. Comment se fait-il qu'il n'y ait pas de campagnes « anti-pot » alors qu'il y a des campagnes « anti-tabac » ?

En fait, je crois que les adultes sont incapables de dire « NON » aux jeunes parce qu'ils sont incapables de se dire « NON » à eux-mêmes. Ils ne veulent surtout pas se trouver en contradiction entre ce qu'ils font et ce qu'ils disent alors ils adaptent leur discours pour ne pas trop se déranger.

Il y a un sérieux problème de valeurs et de leadership face aux jeunes chez les adultes. La consommation de drogues n'est qu'un domaine et un symptôme parmi d'autres. On ne sait plus respecter l'espace vital des enfants, des pré-ados et des ados, on les envahit de partout.


Le dogme de la mixité

On a imposé la mixité dans les écoles comme une doctrine. On l'a implantée mur à mur sans préparation, sans études, sans instructions, sans outils, à partir d'une idéologie. On n'a pas envisagé les conséquences sur l'éducation des filles et des garçons, on n'a pas tenu compte de leurs besoins spécifiques à travers les étapes naturelles de leur développement durant leur enfance, leur pré-adolescence et leur adolescence.

Cette mixité artificielle, idéologique, se combine actuellement avec une érotisation des enfants, des pré-ados et des ados de plus en plus décriée. C'est un mélange explosif ! Pourtant prévisible.

La mixité telle qu'elle est organisée dans les écoles ne correspond pas aux besoins des garçons et des filles. Les enfants et les pré-ados sont conduits à jouer des rôles. Elle ne favorise un estime de soi, comme garçon ou comme fille, que construit à partir du regard de l'autre sexe, en sautant des étapes, surtout entre 10 et 14 ans. Les garçons se trouvent ainsi à se définir en fonction des filles et les filles en fonction des garçons à un âge où ils ont surtout besoin de se retrouver entre eux dans la construction de leur identité propre.

Cette mixité idéologique se combinant aussi avec l'absence des hommes, crée ainsi un second mélange explosif pour les garçons.

Ensuite on se demande comment il se fait que les garçons grandissent mal, sans présence ni leadership masculin dans leurs classes et sans groupes identitaires signifiants dans le système scolaire.

La culture ambiante et certaines idéologies fortement influencées, pour ne pas dire déterminées, par la puissance de la publicité, du marketing et des média ont remplacé la connaissance de la psycho-éducation. Je me demande où on s'en va. Je dirais plutôt je sais d'où on vient, quand on entend des enseignants et des éducateurs parler d'un garçon de 12 ans ou d'une fille de 11 ans comme d'un ado en trouvant tout naturel de les confronter à des ados de 15 et 17 ans. Je me demande ce qu'on leur a enseigné au CÉGEP [Collège d'enseignement général et professionnel = terminal ou pré-universitaire] ou à l'université: en tout cas, ce qu'ils y ont appris résiste mal à la culture ambiante.


Volonté d'agir ?

Croyez-vous que les adultes vont accepter de redonner aux garçons de 7 ans, de 10 ans, de 12 ou de 15 ans leur espace vital ? Si la TV, le cinéma, la cotation des films, les publicités, les jeux vidéos continuent à être programmés et mis en marché ou en onde comme si les enfants et les pré-ados n'existaient pas, ne voyaient pas et n'entendaient pas, on est mal partis. On criera encore SOS dans 10 ans !

Comme je vous l'ai confié au début, je suis assez pessimiste parce que je ne suis pas certain, je ne vois aucun signe, que le Québec voudra revenir sur ses pas ni que les adultes voudront renoncer à leur confort. Cet exposé ne prétend pas avoir couvert tous les aspects ni avoir approfondi ceux qu'il a abordés mais voici, en vrac, quelques mesures concrètes qui pourraient à mon avis contribuer à corriger des facteurs néfastes, à circonscrire l'incendie, à boucher les voies d'eau et à prévenir.

Bien sûr, elles sont radicales. Ne crie-t-on pas au secours ? Ne venons-nous pas de lancer un SOS pour les garçons ?

  1. Faire en sorte que d'ici 5 ans, 50 % du personnel éducateur dans les CPE soit des hommes. Concevoir et établir les stratégies de promotion et de recrutement nécessaires. Réviser les programmes pour assurer la dimension masculine de l'éducation à la petite enfance en comprenant et en y intégrant les attitudes éducatives propres aux hommes.


  2. Rétablir le titulariat au premier cycle du secondaire.


  3. Rétablir des classes composées uniquement de garçons et de filles de la 4e du primaire à la troisième du secondaire inclusivement ou tout au moins supporter les commissions scolaires et les écoles qui veulent le faire.


  4. Encourager et supporter l'établissement et l'animation d'activités extra-scolaires sportives, culturelles et scientifiques mixtes dans les écoles secondaires.


  5. Réviser complètement et à la hausse les critères et les cotes des films et des émissions de TV.


  6. Réglementer d'une manière beaucoup plus serrée la pub à la TV en fonction des heures d'écoute des 14 ans et moins.


  7. Lancer régulièrement des campagnes « anti pot » autant qu' « anti tabac » énergiques, affirmatives et spécifiques à chaque groupe d'âges, visant autant la prévention que la motivation à l'arrêt de la consommation. Contrer les idéologies qui banalisent et tolèrent la consommation de drogues chez les pré-ados et les ados ou qui capitulent.


  8. Obtenir une politique familiale qui investisse les ressources disponibles avec l'objectif clair qu'un des deux parents (ou le parent) puisse demeurer à la maison et qui donne la priorité à l'éducation dans la famille. Comme l'a bien exprimé le premier conférencier qui s'est adressé à vous, Monsieur Abbassi, et d'autres intervenants cet avant-midi, redonner aux parents plus de pouvoir sur l'éducation de leurs enfants et sur ce qui peut l'influencer.


  9. Introduire une formation volontaire à la parentalité à la fin du secondaire et/ou au CÉGEP : organiser des w-e volontaires pour les jeunes du second-cycle du secondaire et du CÉGEP qui veulent réfléchir et discuter de leurs projets d'avoir ou d'adopter des enfants et de les élever.


  10. Sortir des classes « régulières » (et non de leur école !) les enfants chez qui ou pour qui les conditions nécessaires à l'apprentissage et à la réussite scolaire ne sont pas réunies à un moment donné et les aider ainsi que leurs familles pour la durée nécessaire et à partir de l'École.


  11. Donner aux écoles les ressources indispensables pour répondre en première ligne aux besoins de ces enfants (# 10), par exemple en transférant des CLSC (secteur Famille, Enfance et Jeunesse) vers les écoles un certain nombre de postes de travailleurs sociaux et d'infirmières (par exemple).


  12. Redonner aux écoles la possibilité et les moyens d'ouvrir des classes adaptées et d'engager le personnel spécialisé nécessaire afin de mieux répondre aux besoins de ces enfants (# 10).


  13. Augmenter de 1 an la formation collégiale (CÉGEP) des éducateurs spécialisés et renforcer leurs compétences en psycho-éducation afin qu'ils puissent résister aux courants culturels qui les influencent et demeurer des points de repères solides.


  14. Renforcer la formation des maîtres en gestion de classe et en psycho-éducation et mieux les préparer à exercer un leadership nécessaire auprès des enfants, des pré-ados ou des ados.


  15. Redonner aux psycho-éducateurs les fonctions de réflexion, de planification, de programmation et de supervision sur les programmes et le personnel éducatifs ou de rééducation dans les milieux scolaires, institutionnels et communautaires plutôt que les employer en première ligne.


  16. Faire en sorte que les travailleurs-sociaux professionnels qui sont employés par les Centres Jeunesse redeviennent des professionnels autonomes centrés uniquement sur les besoins des enfants et/ou des familles et libérer leur acte professionnel des contraintes organisationnelles et idéologiques.


  17. Réduire la charge de travail et augmenter les ressources des avocats du Tribunal de la Jeunesse afin qu'ils puissent rencontrer adéquatement tous les enfants et les jeunes qui sont leurs clients.


  18. Modifier la Loi de la Protection de la Jeunesse afin de donner aux Juges du Tribunal de la Jeunesse les pouvoirs nécessaires sur les mesures de protection appropriées à chaque cas et sur l'exécution de leur jugement sans être liés aux Centres Jeunesse, favorisant ainsi les alternatives, l'innovation, la souplesse et l'économie.


  19. Réfléchir aux conséquences du monopole institutionnalisé des Centres Jeunesse sur les pratiques et sur l'idéologie dans les domaines de la protection et de la rééducation des enfants, des pré-ados et des adolescents.


NOTES :
  1. Association des CPE du Québec
  2. Site-Web du Ministère de l'Éducation du Québec
  3. Membership = CLSC, Centres Jeunesse, organismes familiaux, organismes jeunesse, organismes enfance, ordre professionnel des travailleurs sociaux, des psycho-éducateurs, maisons de la famille, maisons de grands-parents, direction des ministères de l'Éducation, des Services Sociaux, etc., centres familiaux des minorités ethniques, etc.






L'importance et l'absence (moins de 3%)
des éducateurs masculins
dans le monde de la petite enfance



COMPTE-RENDU

d'un atelier réunissant 3 hommes et 9 femmes
impliqués à la direction, au conseil d'administration ou comme éducatrice-teur
dans un CPE, dans un service de garde ou dans une maison de la famille,
lors de la « Foire aux outils » du CQRPE, le 22 mars 2005.

Préparation et animation de l'atelier, prise des notes et traitement de texte : André Faivre
Ce compte rendu a été publié intégralement dans le numéro de juin 2005 de l'Enfantin du CQRPE


  1. Quelles préoccupations, quelles réflexions entendons-nous dans nos milieux de travail ?


  2. L'agression sexuelle est devenue une phobie. Le déséquilibre de la représentation homme/femme dans le personnel éducatif en éducation n'est pas naturel. Il y a déjà trop d'enfants sans père impliqué dans leur éducation. Nous aimerions engager des éducateurs masculins mais les parents ont peur des hommes. Il y a pourtant des CPE qui recherchent activement des hommes pour travailler auprès des petits enfants et les CPE qui ont du personnel masculin observent une différence importante et positive, un meilleur équilibre des visions propres aux hommes et aux femmes. Quand il y a un éducateur masculin, les garçons lui « collent dessus ». Il n'y a pas de demande exprimée pour des éducateurs masculins, alors ce n'est pas surprenant qu'il n'y ait que des femmes : il y aurait un besoin ressenti et un certain désir mais les services de garde n'osent pas recruter ni même demander.


  3. Quels sont les effets et les conséquences de cette absence d'éducateurs masculins
    auprès des enfants en service de garde
    ?


  4. L'intégration enfants/hommes est quasi inexistante. Les garçons sont élevés à la manière des femmes/mères. Les valeurs masculines ne sont pas affirmées. Cela conduit à un développement incomplet de l'enfant. Le meilleur programme éducatif n'a pas la même valeur ni les mêmes résultats sans la présence réelle des hommes. On ne dirait pas qu'on lance pourtant de plus en plus de SOS au sujet des garçons. L'estime de soi des garçons en tant que garçon se développe mal dans un contexte où les hommes sont absents. Les garçons sont soumis et n'obéissent qu'à des femmes qui sont les seuls adultes en position de responsabilité et d'autorité autour d'eux. Il n'y a plus d'idéal masculin, plus de héros, plus de modèle masculin en présence réelle... mais toujours plus de Ritalin.

    Le principal modèle masculin des garçons est naturellement leur père mais nous sommes dans un contexte où les séparations et la mono-parentalité féminine sont fréquentes. La femme est plus verbale, sa discipline est différente de celle de l'homme, elle négocie plus : cela favorise une culture de négociation, de permission et on observe la difficulté croissante des garçons face à l'autorité, face à la manière masculine d'exercer l'autorité. On s'en va vers un régime « duplessiste »: maintenant, on resserre la vis parce qu'on a trop ouvert par la permissivité et la culture du « cool ». Pourtant on a peu de patience face aux enfants, on passe d'un extrême à l'autre et on se réfugie dans toutes sortes de « ritalin » quand les garçons agissent. On peut même observer un recul des attitudes de maternage parce que les femmes jouent trop souvent tous les rôles éducatifs.

    La présence d'éducateurs masculins mettrait un frein à cette attitude qui consiste à suivre les enfants à la trace, à les éduquer à tout prix, à toujours les préparer à demain : les hommes laisseraient plus les enfants jouer tout simplement. On perd le sens de la famille : quand il n'y a pas d'hommes en éducation, on nuit à la famille.


  5. Pourquoi y a-t-il moins que 3% d'éducateurs masculins en service de garde ?


  6. Les gars ne sont pas invités dans le monde de la PE : on ne leur dit pas qu'ils sont importants auprès des enfants, on accepte le statu quo. Les emplois auprès de la PE n'attirent pas les jeunes hommes : ce n'est pas payant pour un gars de travailler dans un CPE ou une garderie et les familles encouragent leurs garçons à se diriger vers les métiers payants.

    Certains préjugés ont de longues racines comme : « les hommes qui s'intéressent aux enfants ou à l'éducation sont des homosexuels ou des agresseurs sexuels », « s'occuper des enfants n'est pas masculin », « l'homme ne valorise pas l'éducation de la petite enfance » ou encore « les femmes ont la science infuse des enfants ».

    Les hommes ne sont pas conscients de leur importance auprès de la petite enfance. Des gars ont les attitudes et les habiletés adéquates pour prendre soin et éduquer les petits enfants mais ils craignent d'affronter les préjugés « anti-hommes ». Rien n'encourage leur motivation personnelle. Les hommes n'ont pas appris à prendre soin de la PE parce que les femmes ont le monopole du « prendre soin » et de la PE. Les hommes reproduisent ce qu'ils ont appris eux-mêmes par une éducation sans homme.

    Les hommes sont encore programmés culturellement à choisir d'autres métiers que ceux de s'occuper des enfants. La volonté des parents de prendre plus de place dans l'éducation de leurs enfants réduit le nombre d'hommes disponibles pour travailler en PE. Il ne faut pas sous-estimer non plus la nouveauté des CPE comme employeur potentiel. Les CÉGEP ne guident pas les garçons vers l'éducation à la PE ni à l'enseignement primaire : à ce sujet, les CÉGEP manquent de leadership et de vision.

    Le développement des services de garde, surtout en CPE, a été précipité sans outils de réflexion suffisants et adéquats au sujet de l'importance des hommes en éducation à la PE et sans un modèle qui valorise leurs rôles particulierset irremplaçables. Les postes en CPE se sont ouverts trop rapidement pour permettre une période de recrutement qui favorise d'abord l'expression et la mesure d'une demande puis l'amorce et l'élan pour répondre à cette demande : on s'est occupé de combler des postes sans chercher à savoir si les enfants ne bénéficieraient pas par exemple d'un 25 % de personnel masculin, on a pris pour acquis que 97 % de femmes auprès de la PE c'était adéquat.


  7. Que faudrait-il faire, que peut-on faire pour améliorer la situation ?


  8. Des campagnes pro-actives de publicité gouvernementale. Montrer des hommes en situation auprès de la petite enfance dans des rôles valorisants. Ne pas hésiter à faire de la discrimination positive : c'est urgent pour le bien des garçons en particulier et des enfants en général. Sensibiliser tous les milieux et les intervenants. Produire et distribuer un dépliant. Combattre la peur de toucher les enfants qui s'est répandue dans tous les milieux de l'enfance au mépris des besoins naturels des enfants d'échanger des contacts physiques chaleureux avec des hommes et des femmes. Quoique les hommes et les femmes qui agressent des enfants semblent les agresser de manières différentes, la proportion d'agresseurs est-elle vraiment plus grande chez les hommes que chez les femmes ?

    Contacter les CPE et les autres services de garde qui ont des éducateurs masculins et apprendre de leur expérience. Au niveau de la sélection, pour faciliter l'embauche d'éducateurs masculins, demander un certificat de bonne conduite et impliquer des parents dans le comité de sélection. Implanter des mesures de prudence internes et sensibiliser les parents et les responsabiliser face à la prévention/sécurité. Parler ouvertement avec ses parents de leurs craintes, des besoins de leurs enfants et des avantages d'un personnel éducatif mixte, discuter avec eux des mesures appropriées réalistes.

    Les enseignantes des CÉGEP en techniques d'éducation à la PE sont presque toujours d'anciennes éducatrices : ça ne favorise sans doute pas la place des hommes mais plutôt le statu quo. Il faudrait améliorer le recrutement et la sélection des étudiants masculins en techniques de garde dans les CÉGEP.